Pouvoir de l’image et manipulation – 2ème partie – Meilleure information ou manipulation : où est la frontière?

Dans mes réalisations en images de synthèse ou en retouche d’image, j’essaie toujours d’obtenir un résultat esthétique, une image attirante. Le résultat est donc le plus souvent une vision idéalisée qui ne correspondra jamais parfaitement avec la réalité du projet construit.

Cette réalité, en perpétuel changement, sera soumise aux aléas des conditions météorologiques, aux défauts de fabrication ou de mise en oeuvre ou encore aux agressions du temps qui passe.

Est-ce que réaliser une belle image d’un projet, une « vue d’artiste », peut être considérée comme une forme de manipulation ? A l’inverse, une photographie mal cadrée, sous-exposée et prise dans de mauvaises conditions constitue-t-elle une représentation plus juste, plus conforme à cette réalité insaisissable, que cette même image corrigée ?

Cet article fait suite à l’article suivant:

Utilisations des images et risques de manipulation

On utilise notamment les images dans:

  • l’industrie (recherche et développement de produits)
  • l’urbanisme et l’architecture
  • les loisirs (cinéma, jeux, sports, etc.)
  • le domaine militaire (simulation, reconnaissance, etc.)
  • la formation et l’apprentissage
  • les services publics
  • le marketing et la publicité
  • les médias (presse, télévision, Internet, etc.)

Un point commun rapproche toutes ces utilisations pourtant très distinctes: l’aide à la prise de décision. Quelle que soit l’utilisation, les images apportent les informations nécessaires pour, théoriquement, faire le bon choix entre plusieurs alternatives. Cela peut être pour décider de la poursuite ou de l’arrêt d’une hypothèse de projet, le choix d’une prise de vue au cinéma, la réaction à un événement imprévu lors d’un jeux ou d’une simulation… Mais cela peut aussi influence notre décision d’acheter un produit, un service ou … une maison! Une image peut également influencer un vote et l’avenir de tout un pays!

Encore faut-il que les informations qui nous sont transmises par l’intermédiaire des images soient pertinentes. Dans cette perspective, on se rend vite compte que certains domaines présentent beaucoup plus de risques de manipulation que d’autres. C’est le cas notamment de la publicité et de la vente ou encore des médias. Nous avons donc besoin d’une …

Meilleur information

Par rapport à une image brute, il est souvent possible d’améliorer la qualité de l’information que cette image transmet par plusieurs moyens. L’objectif n’est donc pas ici de tromper le spectateur mais de présenter l’information de la manière la plus compréhensible tout en réalisant une image attirante.

Pourquoi une image doit-elle être attirante ? Parce que si une image n’attire par l’attention du spectateur, le projet ou le produit passera inaperçu et ne sera pas en mesure d’être apprécié à sa juste valeur. Mais par quels moyens peut-on faciliter la transmission de l’information par l’intermédiaire d’une image ?

Le cadrage

Le cadrage d’une image peut attirer l’attention du spectateur sur un détail, une particularité d’un projet. Une vue rapprochée peut par exemple montrer la qualité d’une finition ou faciliter la compréhension d’un mécanisme complexe.

Le cadrage permet également d’obtenir une image mieux équilibrée grâce au respect des règles de composition. Il peut aussi captiver l’attention en violant de façon consciente et maîtrisée une ou plusieurs de ces mêmes règles pour surprendre, déranger ou intriguer.

La retouche d’image

La retouche permet de corriger les petits défauts du support ou de la prise de vue.

  • poussières
  • griffes ou taches
  • grain/bruit dûs aux conditions de prise de vue ou de calcul
  • balance des couleurs
  • contrastes
  • exposition
  • déformations optiques dues à l’objectif utilisé

La retouche d’image peut également servir à supprimer des éléments temporaires qui gênent la perception de l’image. Elle peut également servir à montrer l’aspect final d’un projet, par exemple lorsque la végétation sera parvenue à maturité.

Le choix des points de vue

Tout comme le cadrage, le choix du point de vue peut améliorer la compréhension d’un projet. Un sujet pris de face apportera moins d’information que le même sujet pris de 3/4. De même, une vue en plongée ou contre-plongée peut encore faire prendre conscience des proportions et des dimensions d’un projet ou d’un produit.

L’analyse conceptuelle

L’infographie 3D permet de réduire au maximum le besoin d’imagerie mentale et supprime l’effort d’analyse et de traduction des informations collectées en procurant directement les formes tridimensionnelles des objets. La perception en trois dimensions d’un projet permet donc au concepteur et au client de valider ou de rejeter plus rapidement les différentes hypothèse émises.

La représentation du futur

L’infographie 3D et la retouche d’image permettent également de présenter de manière relativement fidèle l’aspect qu’aura un projet une fois construit. La représentation peut être entièrement numérique en modélisant intégralement le projet et ses abords en image de synthèse. Il peut également utiliser un fond photographique pour une intégration du projet dans son site. Il peuf enfin ne faire appel qu’à la retouche d’image lorsque l’intervention est seulement « cosmétique » comme pour un changement de couleurs ou de matériaux.

La qualité de cette représentation dépendra de plusieurs facteurs que j’aborderai plus loin dans cet article.

L’expérimentation de l’espace

Les animations, et plus encore la réalité virtuelle, permettent au spectateur de faire l’expérimentation d’un lieu et d’en percevoir plus facilement la dimension spatiale. Cette expérimentation peut se faire par des moyens courants comme l’affichage sur un écran d’ordinateur ou par des moyens immersifs comme un casque stéréoscopique et une combinaison de réalité virtuelle.

… ou manipulation ?

Les moyens d’influencer un spectateur à son insu existent depuis la nuit des temps. On peut cependant constater qu’avec l’avènement de l’ère du numérique, ces possibilités se sont fortement développées. Elles sont maintenant accessible au plus grand nombre et leur utilisation semble se généraliser de plus en plus.

Le cadrage

Une image peut être recadrée pour dissimuler certains éléments susceptibles de modifier notre perception et notre avis concernant un site ou un projet. On peut par exemple imaginer une photographie d’un superbe bâtiment cadrée de manière à dissimuler une ruine ou une usine polluante proche. S’il s’agit de présenter un exemple d’architecture, cela ne porte pas à conséquence. Mais qu’en est-il si cette photo doit servir à vendre la propriété ?

La retouche d’image

La retouche d’image peut être utilisée pour supprimer ou ajouter des éléments afin d’influencer une décision.

Elle peut aussi rapprocher ou faire interagir artificiellement des personnes ou des choses en vue de travestir la signification de l’image à l’insu du spectateur.

Le choix des points de vue

La simple sélection des images présentées peut être en soi une forme de manipulation. Certaines photos nécessitent par exemple une légende faute de quoi elle acquièrent une signification totalement différente. Le choix du point de vue peut par exemple modifier profondément la perception qu’aura le spectateur d’un site, d’un bâtiment ou d’un objet. Cela peut se produire par exemple en ne montrant pas d’élément qui puisse nous donner une idée correcte de l’échelle du sujet de l’image.

La représentation du futur

Dans ce domaine, il est très facile de montrer des détails ou des aménagements qui ne seront jamais mis en oeuvre uniquement pour faciliter l’obtention d’un permis ou la vente du bien en cours de construction.

L’expérimentation de l’espace

Tout comme pour le choix du point de vue, la sélection systématique d’objectif à grand-angle déforme la perception que l’on peut avoir d’un espace. Cette forme de manipulation peut provoquer une déception importante lorsque le spectateur pourra expérimenter physiquement le sujet de l’image.

Conclusion

Comme vous aurez pu le remarquer, les moyens par lesquels ont peut influencer un spectateur sont aussi des moyens grâce auxquels ont peut faciliter la compréhension et mieux informer ce même spectateur. La frontière est parfois difficile à discerner entre information et manipulation.

Une image de synthèse ou une photo terne et sans relief n’étant pas plus représentative de la réalité alors… continuons à réaliser de belles images! L’essentiel me semble être de ne pas transformer la réalité par des moyens qui trompent volontairement le spectateur. La responsabilité en incombe aux infographistes bien sûr mais surtout aux donneurs d’ordres qui définissent les objectifs à atteindre et fournissent les informations nécessaires à la réalisation des images.


Sources

Les citations de Julius Shulman, photographe d’architecture de renommée internationale, sont tirées de son livre « L’architecture et sa photographie ».

La suite: « Pouvoir de l’image et manipulation (3) : Image et réalité« 

4 commentaires


  1. toujours intéressants tes billets :) recherche et développement de produits : ça m’a quelque peu fait sourire :) bonne continuation !

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