Faut-il accepter d’illustrer un projet d’architecture de qualité inférieure?

Ce projet n'a pas droit à l'image pour cause de qualité architecturale insuffisante

L’infographiste d’architecture est-il responsable de la piètre qualité architecturale qu’on peut observer dans certaines localités ? C’est en tout cas ce qui m’a été reproché sur un forum de discussion concernant un département français… dans lequel je n’ai jamais réalisé la moindre image de projet d’architecture.

Est-ce que j’ai déjà réalisé des perspectives de projet de qualité architecturale discutable ? Oui, je l’avoue. Mais qui peut donc se permettre d’être élitiste au point de n’accepter que des projets de très haute qualité ? Ces projets ne sont malheureusement pas légion…

Mais qui sont donc les vrais responsables d’un projet architectural médiocre ? Est-ce l’architecte seul ? Le client ? Les services d’urbanisme qui laissent passer de tels projets et délivrent les permis d’urbanisme/de bâtir ? Ou encore les règlements et lois qui autorisent la réalisation de tels projets ?

Une chose est sûre, je ne considère pas qu’un infographiste d’architecture soit responsable de la qualité architecturale du projet qu’il illustre! Et de toute façon…

Qui suis-je pour juger de la qualité architecturale d’un projet ?

Dans les perspectives que je réalise, il y a des projets que je préfère à d’autres. Certains que je trouve médiocres et d’autres que j’estime de qualité. Mais qui suis-je pour juger ? En tant qu’infographiste, je ne connais que très rarement les réflexions et les contraintes urbanistiques, techniques ou encore financières qui sont à l’origine du projet que je dois illustrer. De plus, je suis conscient que mes goûts personnels ne sont pas universels, pas plus que les vôtres. Dès qu’un projet est original, il y a des gens pour l’aimer et d’autres pour le détester.

Pour l’architecte, sensibiliser un client à une esthétique architecturale de qualité est une gageure. Il faut avouer que le manque d’éducation architecturale chronique, les normes d’urbanisme parfois discutables n’aident pas. Les références architecturale d’un maître d’ouvrage se limitent souvent à l’environnement bâti qu’il côtoie jour après jour.

Que faire en tant que perspectiviste d’architecture ?

Si vous avez la « chance » et le talent d’être un infographiste de très grande renommée, vous pouvez (peut-être) sélectionner les projets auxquels vous acceptez de participer. Si c’est votre cas, levez-la main ! Il n’y a pas foule, pas vrai ?

Même dans ce cas, que faites-vous si votre meilleur client vous demande d’illustrer un projet de qualité inférieure ? Vous lui dites d’aller voir ailleurs ? Que vous valez mieux que ce qu’il vous demande ? Allez-vous mettre en danger une relation professionnelle fructueuse pour ne pas devoir vous abaisser à illustrer un projet que vous estimez de moins bonne qualité ?

Personnellement, je préfère prendre ce travail comme un acte technique et le faire au mieux de mes possibilités. Respecter le design au plus près. Et éviter d’induire le client final en erreur. Je suis cependant convaincu que…

L’infographiste peut aider à améliorer la qualité d’un projet

Si vous avez l’occasion d’être impliqué dès les premières étapes conceptuelles, vous pouvez donner respectueusement un avis professionnel.

Mon expérience personnelle m’a montré que proposer de nombreux états d’avancement permet à l’architecte mais aussi au client et aux autres intervenants d’un projet d’avoir une vision concrète, compréhensible par tous, du projet architectural. Même si vous n’êtes pas chargé de la conception, vous pouvez réaliser des images qui mettent en avant les lacunes esthétiques ou autres d’un projet. Cela peut être une façon discrète, délicate et constructive de critiquer un projet pour le faire évoluer dans le bon sens.

Une raison de plus pour travailler avec un infographiste 3D dès la phase conceptuelle d’un projet d’architecture !

Vous êtes infographiste, architecte, promoteur immobilier ou maître d’ouvrage ? Quel est votre point de vue ?

20 commentaires


  1. Merci Francis et, je l’espère, à très bientôt !

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  2. Laurent,

    Sans prétention, je pense que nous partageons, comme beaucoup d’entre nous, le chemin de la Sagesse que nous n’atteindrons jamais, mais l’essentiel est cette volonté de vouloir emprunter ce chemin.

    Bon travail !!!

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  3. Francis,

    Je suis encore dans les temps pour répondre ;)

    Je pense que la qualité intrinsèque d’une image n’est pas liée à la qualité architecturale du projet à représenter. Il est tout à fait possible de réaliser une image avec une modélisation précise, de belles textures appliquées correctement, un choix judicieux du point de vue mettant en valeur les volumes du projet et un éclairage réaliste. Techniquement, l’image sera de haute qualité. Cependant, le lien avec la qualité de l’architecture existe dans la perception qu’en auront les spectateurs. Ceux-ci, en effet, voient l’image dans son ensemble et ne font pas (ou très rarement) la distinction entre l’image et ce qu’elle représente.

    Personnellement, je ne vise pas la perfection, qui est hors d’atteinte. On pourrait d’ailleurs discourir sur ce qu’est la perfection. Ce que je vise, c’est l’excellence au sens ou l’entend Alexandro Jodorowsky : Pour les humains, la perfection est inaccessible, l’excellence oui. Fais ton travail du mieux que tu peux, en acceptant les erreurs inévitables. Même si j’avoue qu’accepter les erreurs, surtout les miennes, n’est pas toujours facile.

    J’espère moi-aussi, par mon travail, construire une cathédrale.

    Encore merci pour votre réflexion.

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  4. Laurent,

    Votre réponse est non seulement pertinente, j’y perçois bien vos préoccupations professionnelles, et elle a le mérite de poser la question suivante de façon sous-jacente :

    « la qualité de l’image d’un projet est-elle liée ou non à sa qualité architecturale? »

    Vous avez quatre heures pour répondre !!!!
    On peut se référer à Corbu, Mies, Chemetov ou Ando pour les constructions, à Sitte pour un des fondements de l’urbanisme.

    Il est toutefois légitime que vous soyez attentif à votre réputation professionnelle, mais je pense que celle-ci se forge, comme pour les archis, au travers de nos expériences, de nos observations, de nos réflexions et de notre production que nous essayons toutes et tous de mener dans l’espoir de la perfection.
    J’ai bien écrit l’espoir, ce qui nous astreint ipso facto à une grande humilité face à chacun de nos projets.

    L’esprit de cette recherche transpire forcément dans le projet lorsque l’on se prédispose à cette démarche professionnelle, je crois pouvoir le dire pour avoir pu le ressentir lors de jury de concours auxquels j’étais invité.

    « Le Travail jusqu’à la perfection », ne serait-ce pas un des plus vieux crédo de nos ancêtres sur le chantier, qui travaillaient alors sous la direction de l’Architecte ?
    Le tailleur de pierre à qui on demandait ce qu’il faisait sur le chantier ne répondait-il pas : « je construis une cathédrale ».
    Tout est dit.

    Cordialement

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  5. Bonjour Francis Bernard,

    Merci pour ce point de vue d’architecte. Je suis heureux que cet article fasse réagir.

    Comme je l’ai dis, je considère que ce n’est pas mon rôle d’infographiste de juger de la qualité architecturale des projets qui me sont confiés. J’ai écris cet article en réaction à des critiques reçues de la part de confrères à la fois architectes et infographistes. Il semblerait d’ailleurs que les règles déontologiques qu’ils appliquent (peut-être) avec leur casquette d’architecte ne s’appliquent pas lorsqu’ils prennent celle d’infographiste.

    Cela dit, en y réfléchissant, tout comme pour l’architecte, nos réalisations sont aussi notre carte de visite. Si on ne peut réellement se permettre de choisir un projet plutôt qu’un autre, on a le choix de le diffuser publiquement ou non. Une réputation est vite faite, surtout sur un média comme le web.

    Contrairement à vous, je ne pense pas que la course à l’image soit anecdotique. L’impact de la communication visuelle, et donc de l’image, est indéniable. Notre esprit de consommateur est tellement sollicité par l’image tout autour de nous (télévision, publicités, jeux vidéos, etc.) qu’il est de plus en plus difficile d’attirer son attention. Un projet, même de qualité exceptionnelle, a donc besoin d’image pour attirer cette attention et la retenir suffisamment pour pouvoir convaincre par ses qualités réelles. C’est le cas du maître d’ouvrage, des investisseurs ou des membres d’un jury.

    Tout architecte a une image de marque, qu’il la contrôle partiellement ou pas. Entre deux services de qualité comparable, la différence ne peut être créée que par l’image au sens large: la perception que le client a de l’architecte, de son atelier d’architecture, de ses services. Et l’image de synthèse, tout comme le site web, les publications ou les participations à des événements, participe à l’élaboration de cette image publique de l’architecte.

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  6. C’est essentiellement le titre qui m’a fait réagir : faut-il illustrer de mauvais projets d’architecture?
    Je ne sais pas ce qu’est un projet de qualité inférieure…et pour moi, un mauvais projet est celui qui ne répond pas à la commande, c’est à dire aux diverses composantes du programme.

    Qui peut donc juger aussi facilement de la qualité d’un projet architectural? un archi? un infographe? j’en doute.
    Les jurys de concours, composés de membres éminents, ont parfois retenu des projets que d’aucun d’entre nous n’aurait forcément choisi.

    Nous sommes donc là devant une grande relativité de l’objectivité.

    L’infographie a entraîné une dérive d’une certaine production architecturale et la naissance de nouveaux besoins d’images chez la maîtrise d’ouvrage, qu’elle soit privée ou publique : certains projets sont des projets ‘d’image’, pas forcément d’architecture.

    Ces dernières années ont effectivement conduit à demander de plus en plus de sensationnel, de plus en plus de compétitivité, de plus en plus de réalisme tant dans les concours que dans les plus petits projets.

    Que les infographes se rassurent, les archis assument leur production architecturale seuls, comme leur responsabilité décennale voir trentenale; jusqu’à présent, je n’ai pas encore vu d’infographes appelés en responsabilité ou en garantie.

    Ce discours devient donc pour moi anecdotique, comme cette course à l’image qui conduit parfois les uns et les autres (donneurs d’ordres et public) à juger un projet plus sur son expression sans toujours en percevoir son fonctionnement.

    Bien évidemment, les infographes restent les meilleurs alliés des archis, mais dans le cadre de la commande qui leur est passée.

    Lequel d’entre vous pourrait se permettre aujourd’hui de choisir tel projet plutôt qu’un autre par pur choix ‘esthétique’?
    à chacun sa page blanche au moment de créer !

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  7. Bonjour Sylvaine,

    J’ai bien compris ton commentaire mais, lorsque tu parlais d’éthique personnelle, cela m’a fait penser à certains prospects (jamais devenus clients) qui me demandaient de réaliser des images destinées à tromper à dessein le client final ou de modifier une image d’un concurrent pour leur propre publicité. Peut-être d’autres infographistes ont-ils accepté ces commandes ?

    Quant à la manipulation, c’est un sujet très complexe. La frontière est parfois difficile à définir entre communication et manipulation.

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  8. Laurent, j’ai l’impression que je me suis mal fait comprendre. Je parlais bien entendu de projets de qualité inférieure, pas de projets illégaux, pour lesquels la question ne se pose même pas :)

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  9. Merci pour ce point de vue, Aimée.

    C’est vrai qu’il ne faut pas avoir honte d’un travail bien fait, même si le projet illustré est médiocre.

    Mais il faut aussi faire attention à sa réputation. Avoir la réputation de présenter de manière attractive un projet de basse qualité risque d’attirer principalement des clients qui recherchent justement cette compétence. Ce n’est pas mon ambition.

    Les clients qui amènent des projets de grande qualité architecturale risquent fort d’être rebutés car ils seront influencés autant sinon plus par la qualité du projet d’architecture que par la qualité de réalisation de l’image. Rares sont ceux qui feront la part des choses…

    PS: Merci pour le lien :D

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  10. Il ne faut pas se sentir coupable, les projets médiocres sont pensés en fonction de la rentabilité, le beau devient secondaire. Ton travail est d’illustrer, et comme tu le dis illustrer quelque chose de foncièrement laid et faire en sorte qu’il apparaisse moins laid permettra à ton client de rentabiliser encore plus facilement son projet. Pour toi mission accomplie, et il ne faut pas avoir honte de ton travail car les clients suivants sont dans le même cas de figure, quand ils verront dans ton book des projets bidons très bien mis en valeur par l’illustration, ils y verront leur intérêt, tu aura du travail et au fur et à mesure tu pourra te permettre de refuser des projets encore plus laids que les plus laids que tu as déjà illustrés.

    http://www.visitezmonsite.com/TECHNOLOGIE/Linfographiste-darchitecture-doit-il-cautionner-les-projets-mediocres

    Merci.

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  11. Merci Sylvaine :D

    L’éthique personnelle est effectivement le critère qui me semble essentiel pour répondre à cette question.

    J’ai toujours refusé les projets en provenance de clients potentiels qui me demandaient quelque chose d’illégal.

    Par contre, cela fait partie du métier d’infographiste de présenter un projet sous son meilleur jour. De ce point de vue, une image de synthèse ou même une photographie d’un projet peuvent être considérées comme une forme de manipulation.

    J’ai abordé ce sujet dans une série d’articles intitulée « Pouvoir de l’image et manipulation » dont:

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  12. Je ne suis ni archi, ni infographiste, mais le titre et le contenu de ce billet m’ont interpellée parce que j’ai eu à me poser une question similaire dans ma partie (la formation en gestion du stress)
    Je crois qu’un final, quelle que soit la prestation que l’on propose, ce qui compte c’est l’éthique personnelle et les limites qu’on s’est fixées: le cadre et les critères qui définissent le type de projet sur lequel on accepte de travailler, et les autres.
    Bien entendu, lorsqu’on démarre un activité, par exemple, grande est la tentation d’accepter ce qui se présente, histoire de se faire connaître. Mais quel en est le prix, sinon sa réputation et l’image qu’on a de ses propres offres?
    Dans mon cas, la demande de formation qui m’a été faite aurait été lucrative, mais les modalités exigées par le client auraient tellement amoindri l’efficacité de la prestation que j’ai fini par refuser, estimant que je ne pouvais pas vendre de la « gestion du stress » qui, vu les conditions, n’aurait rien géré du tout.

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  13. > tu peux avoir une influence majeure sur l’apparence et
    > les fonctionnalités du site que tu conçois.

    Détrompe-toi, je ne suis pas graphiste, et parfois entre le graphisme et les fonctions souhaitées par le client je n’ai plus aucun choix non plus.

    Et si le client EST le graphiste, j’en suis au même point que toi. :D

    Cela dit, tu as raison, avec beaucoup de clients je peux intervenir et ça avant toute réalisation.

    Tu n’as plus qu’à acquérir une réputation en béton. :-)

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  14. Acquérir une réputation en béton fait en effet partie de mes objectifs. Et ce blog y participe.

    Merci pour cet échange très intéressant, Did :D

    Comme quoi, même lorsque les professions diffèrent, nous sommes souvent logés à la même enseigne…

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  15. Merci pour ton avis, Did.

    La situation d’un infographiste d’architecture me paraît différente de celle d’un développeur web. En tant que développeur, tu peux avoir une influence majeure sur l’apparence et les fonctionnalités du site que tu conçois. Ces éléments font partie de tes compétences.

    Dans le cas de l’infographiste d’architecture, la conception du projet d’architecture lui-même échappe le plus souvent à ton contrôle et à ton influence. Et plus tu es impliqué tard dans le processus de création, moins ton point de vue sera pris en compte.

    Par exemple, lorsqu’un promoteur immobilier me demande de réaliser des perspectives de promotion d’un bâtiment, les plans sont souvent définitifs, les permis de construire déposés et acceptés. Dans ce cas, mon avis n’a vraisemblablement aucune chance d’aboutir à une modification du projet impliquant de relancer le processus de création et la procédure d’acceptation.

    Il ne faut pas non plus oublier l’aspect psychologique. Il est, dans le meilleur des cas, délicat de critiquer une conception faite par un client. Mon client est souvent l’architecte auteur du projet ou le promoteur immobilier responsable en tout ou en partie des choix esthétiques du projet. Ménager la susceptibilité du client n’est pas toujours évident lorsqu’on émet une critique, même si celle-ci est constructive. Cela nécessite une confiance et une appréciation réciproque qui prend du temps avant de s’établir.

    J’ai la chance de travailler avec quelques architectes qui apprécient mon point de vue et en tiennent compte. Dans ce cas, mon travail apporte une réelle plus value dans le processus créatif du projet. Ce n’est pas toujours le cas. J’ai déjà travaillé avec des architectes à l’égo surdimensionné considérant que leur projet est la seule et unique réponse à donner à un programme d’architecture…

    Enfin, je pense qu’il est possible de réaliser une perspective de qualité d’un projet médiocre. Une modélisation 3D et un texturage soignés, un éclairage adapté au projet, un cadrage flatteur et une mise en page étudiée donneront une image de qualité… Mais il sera difficile d’en faire un projet réellement remarquable.

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  16. Je dirais qu’il faut refuser. Je suis développeur web, mais le principe est le même. Si on me propose de faire un site médiocre, ou même simplement qui ne m’intéresse pas, je refuse.

    Il faut avouer que je peux me le permettre. Mais je veux être fier de mes références.

    Ne peux-tu pas au moins donner ton point de vue? Ton client sera peut-être content. ;-)

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