Infographie 3D d’architecture – Photoréalisme… ou pas?

Il suffit de surfer sur les sites consacrés à l’image de synthèse d’architecture pour s’en convaincre… le photoréalisme est partout. Grâce aux logiciels mais surtout grâce aux matériels de plus en plus performants qui permettent aux images de synthèse d’approcher la réalité avec des temps de calcul (presque) raisonnables. Mais a-t-on réellement besoin du photoréalisme pour présenter des projets d’architecture?

Avouerie d'Anthisnes - Brassine

Avouerie d’Anthisnes – La Brassine – Atelier d’architecture Alain Delchef

Je pense que cela dépend principalement des objectifs poursuivis par chaque image. Dans certains cas ou plutôt dans certaines phases d’un projet d’architecture, le photoréalisme est une absurdité.

Ce n’est pas parce qu’on a les capacités de réaliser des images de synthèse photoréalistes qu’on doit le faire pour tout et pour rien.

Qu’est-ce que le photoréalisme

On pourrait définir le photoréalisme comme étant le fait, pour une image, de ressembler à une image réelle ou une photographie. Depuis de nombreuses années, le photoréalisme est considéré comme le Saint Graal de l’infographiste 3D. A tort ou a raison? Je pense pour ma part que le but ultime de l’infographiste est de faire passer un message, une information, de manière claire tout en faisant appel aux émotions de ceux qui regarderont l’image.

Dans certains cas, ce sont les images photoréalistes qui seront les plus efficaces. Exemple: l’intégration dans le site d’un projet pour montrer son adéquation à un paysage ou au patrimoine bâti existant.

Dans d’autres cas, ce seront des images non réalistes qui seront nécessaires. Exemple: l’étude conceptuelle d’un projet.

La phase d’étude conceptuelle

Cette étape vitale d’un projet nécessite de représenter visuellement un programme et un concept définis par le client et imaginé par le concepteur. Les détails sont encore inexistants ou seulement ébauchés et il est intéressant de pouvoir réaliser rapidement de nombreuses esquisses. A ce stade, le projet peut varier énormément.

Au cours de cette phase du projet, les concepteurs utilisent très souvent le papier et le crayon pour présenter des croquis d’idées. Mais ces croquis 2D sont parfois difficilement compréhensibles par les clients qui ne parviennent pas à se représenter mentalement le projet. L’utilisation d’images de synthèse non réalistes permet dans ce cas de représenter les trois dimensions d’un projet tout en gardant un certain degré d’abstraction. L’image suivante, réalisée avec Sketchup, est très loin d’être photoréaliste mais elle permet de se rendre compte des circulations verticales du projet. A ce stade, il est facile et rapide de modifier la maquette 3D et de générer images fixes ou animations en quelques minutes.

L’utilisation d’images photoréalistes dans ce cas est contre-productif:

  • le client peut se sentir écarté du processus de création du projet.
  • elles orientent la discussion sur des points de détails insignifiants alors même que la base du projet n’est pas encore établie.
  • le client peut considérer l’image photoréaliste comme étant le projet définitif alors que celui-ci doit encore évoluer profondément. Le client peut alors être déçu par le projet à ce stade ou au contraire être déçu du résultat final lorsque toutes les contraintes matérielles ont transformé le projet idyllique d’origine.
  • le client a tendance à considérer qu’il suffit de pousser sur un bouton pour obtenir une image photoréaliste. Et il vous demande des images de son projet modifié suivant ses exigences pour le lendemain… ou au plus tard la veille.
  • la réalisation d’images photoréalistes reste un processus long et coûteux. Au stade conceptuel, mieux vaut 30 images d’esquisse non réalistes plutôt qu’une seule photoréaliste.
  • le photoréalisme laisse très peu de place aux erreurs et imprécisions. Si vos textures ne sont pas placées correctement, cela se verra tout de suite

L’imagerie d’architecture représente des éléments, des matériaux, qui sont bien connus du public. La moindre erreur de modélisation, d’éclairage ou de texturage est donc beaucoup plus facile à repérer (et à critiquer).

La phase de développement du projet

A ce stade, une image de synthèse photoréaliste peut s’avérer utile pour éviter au client de faire un mauvais choix dans les proportions, les détails ou le choix des matériaux. On m’a souvent demandé de réaliser une variante « client » d’un projet pour que le client puisse comparer « sa » version avec celle proposée par le concepteur.

Lorsqu’un projet tire parti d’un environnement paysager ou bâti remarquable, d’un système constructif ou de matériaux originaux, l’infographie 3D photoréaliste peut-être une aide appréciable.

L’étude des détails d’ambiance

A ce stade, l’image de synthèse apporte un réel « plus ». Elle permet de visualiser de façon précise les choix de couleurs, de matériaux ou l’emplacement du mobilier. Cependant, la réalisation d’une image de synthèse photoréaliste nécessite beaucoup de détails. Cela reste donc un produit réservé à des aménagements intérieurs de haut standing: tout ne doit pas être étudié de cette façon. Une représentation photoréaliste de votre buanderie n’a aucun intérêt.

Présentation publique et promotion immobilière

A ce stade, une image de synthèse doit acquérir un aspect artistique et ne pas rester simplement une image bien réalisée. Photoréaliste ou pas, elle doit faire appel aux émotions pour attirer l’attention et la conserver suffisamment longtemps pour transmettre son message.

Immeuble d'appartements à Boncelles

Client: Century 21 Bureau Blavier – Architecte: Pierre Cremer

Une image de présentation, comme tout projet de design, doit atteindre émotionnellement le public à plusieurs niveaux pour un maximum d’efficacité:

  • design viscéral: l’apparence, l’esthétique
  • design comportemental: le plaisir et la facilité d’utilisation
  • design réflexif: image de soi, satisfaction personnelle et souvenirs

Source: Emotional Design – Why whe love or hate everyday things – ©Donald A. Norman – Basic Books

Conclusion

L’utilisation ou non d’images photoréalistes dépend principalement du ou des objectifs visés.

Les logiciels d’infographie 3D comme 3D Studio Max ou Maya et les moteurs de rendu comme V-Ray, Maxwell Render ou Mental Ray ne sont que des outils. Ce sont les personnes qui les utilisent qui doivent faire la différence:

  • Configurer les caméras pour obtenir des compositions harmonieuses et des points de vue intéressants
  • Maîtriser les sources d’éclairage de manière à bien distinguer les volumes et à créer une atmosphère, une ambiance particulière, attrayante.
  • Définir le niveau de détail nécessaire pour les éléments à l’avant-plan ou les éléments à mettre en valeur.
  • Retoucher les images et y ajouter des éléments 2D pour obtenir une composition originale et attractive.

L’infographie 3D, c’est comme la photographie: ce n’est pas parce que vous avez à votre disposition un appareil professionnel que vous parviendrez à réaliser des oeuvres d’art. C’est votre maîtrise du matériel, le choix de l’éclairage et du cadrage, votre intuition et votre créativité qui feront la différence.

Pour être réellement efficaces, c’est à dire parvenir à transmettre l’information qu’elles véhiculent, les images de synthèse, photoréalistes ou non, doivent faire appel aux émotions de ceux qui les regardent… et ça, c’est pas un boulot pour une machine!

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